lundi 26 octobre 2009

Confiture de culture, Pierre Jourde

Tous les ans, un petit vent d'octobre secoue le même marronnier. Tous les ans, c'est la saison, les gazettes résonnent des mêmes flonflons. Vas-y Mimile, les prix sont corrompus, chauffe Marcel, les renvois d'ascenseurs dans la presse, et allez donc, les copinages, et Galligrasseuil, etc. Ça chaloupe dur pendant quelques semaines, et puis ça se calme, ça reviendra l'année suivante, comme la trêve des confiseurs, les giboulées de mars, le bal du 14 juillet, tout ça. On ne s'en lasse pas. On s'y attache, au contraire. La corruption littéraire fait partie du sympathique folklore français, comme l'accordéon, le béret basque et le fromage qui pue. On y tient. Les Américains, ces puritains, n'en ont pas, eux. Et puis ça ne porte pas à conséquence.

Les Français adorent tourner en rond en répétant les mêmes figures. Mais pour ça, il convient d'endosser le déguisement qui convient. La bourrée de la corruption littéraire se danse en costumes typiques. Costume poujadiste : tous pareils, tous pourris. Costume cynique : corrompus, oui, et alors ? ça n'empêche pas d'être un bon écrivain. Costume vertueux : il faut dénoncer les collusions, moraliser la vie littéraire. Costume nietzschéen : Et alors ? les moralistes et les curés nous fatiguent. Costume fataliste : de toutes façons, c'est pareil partout, on n'y peut rien. Costume taquin : c'est çui qui le dit qui yest. Costume renseigné : mais on le sait bien, tout ça. Chacun fait son petit tour sur scène, c'est joli à regarder.

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dimanche 25 octobre 2009

Rapport sur le livre numérique, de Constance Krebs

Le film commercial Possible... ou probable envisage un livre disponible sous toutes ses formes, imprimé en grand format, imprimé en poche, téléchargeable depuis une librairie sur son ordinateur et sa tablette. Ce film n’est pas vraiment une science fiction. Les pratiques des lecteurs vont à court terme se modifier. Plutôt que d’acheter directement à 20 € un livre imprimé, l’on choisit en fonction des extraits disponibles sur Google et Amazon, ainsi que sur les sites d’éditeurs et de libraires bien référencés, l’on acquiert un fichier à feuilleter, un livrel disponible en ligne à bas prix, critiqué et recommandé par un réseau de lecteurs (blogs, librairies, éditeurs, critiques, journaux, radios, télés, vidéos, tags, mots-clés, etc.). Cela à la condition que le livrel ne soit pas vendu selon une économie de l’offre plaquée sur l’économie émergente de l’accès,« décalquée » diraient Deleuze et Guattari.

Ensuite, on va éventuellement acheter le livre imprimé pour un meilleur confort de lecture. À qui va-t-on s’adresser pour l’acquisition de ce livre imprimé ? Au libraire de son quartier s’il est aussi en ligne, s’il connaît suffisamment sa clientèle pour que les lecteurs prennent plaisir à venir bavarder de leurs dernières lectures. Que le volume soit déjà en stock chez un distributeur et prêt à l’envoi chez le libraire ou qu’il soit illico imprimé à la demande. Aussi, l’office va-t-il peu ou prou se modifier, s’assouplir vers un système de distribution plus fluide, évalué constamment en fonction des commandes clients. Et l’impression numérique s’effectuera à flux constant, de cinq à dix exemplaires, en fonction des commandes libraires. Pour que cela fonctionne, libraires, distributeurs, éditeurs et imprimeurs doivent coordonner leurs commmandes au plus près, comme on borde une voile d’avant pour mieux élancer le navire. Le flux du réseau devrait déborder sur la chaîne de distribution : d’une logique de stock, on passe à une logique de flux. D’une économie de l’offre, on passe à une économie de l’attention, dans laquelle le support n’est plus qu’un parmi d’autres.

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Numéro d'Europe sur Rimbaud


Parmi les différentes thématiques abordées dans ce numéro d’octobre de la revue Europe, on soulignera celle de la question politique chez Rimbaud, qui revient dans plusieurs contributions, et dès la présentation par Steve Murphy dans un texte intitulé "La poésie, en effet(s)".

L’article qui a relancé le débat parmi les chercheurs est celui d’Eric Marty, "Rimbaud et l’adieu au politique". Y répondit Jean-Luc Steinmetz par ces mots : "Je ne pense pas les Illuminations écrites à des fins privées et je tiendrai donc particulièrement compte de ce qu’elles voulurent transmettre, par la transitivité de leur écrire". Et Steve Murphy de commenter : "Rimbaud s’inscrit en effet dans une tradition qui suppose - naïvement ? - que la poésie produit des effets sur les lecteurs, que ces effets soient esthétiques ou qu’ils correspondent à une motivation d’ordre axiologique". Y a-t-il donc une historicité de la poésie rimbaldienne dans son ensemble qui la situerait au cœur des combats de son temps, parfois de façon voilée ?

Si l’on suit les analyses de plusieurs chercheurs ayant contribué à ce numéro, on sera convaincu que c’est bien l’anticléricalisme et une forme de socialisme qui ont poussé Rimbaud à venir à Paris pendant les événements de la Commune. L’article de Steve Murphy est à cet égard éclairant, qui met en valeur le radicalisme de Verlaine, une exception parmi les Parnassiens, et analyse plusieurs poèmes de Rimbaud à la lumière de la Semaine sanglante qui fit vingt mille morts à Paris. Ce faisant, Murphy pointe du doigt l’attitude des chercheurs dans le passé, dont « la position minimaliste des années soixante-dix reposait sur deux idées, l’une étant que Rimbaud avait écrit peu de poèmes communards, l’autre qu’il n’avait pas vraiment d’idéologie, ses préoccupations étant exclusivement poétiques ».

En plus de celle-ci, d’autres études de Jean-Pierre Bobillot (« Rimbaud, Thiers, Pétain & les autres »), d’Alain Vaillant (« Rimbaud ou le génie poétique de l’anticléricalisme ») et d’Alain Bardel (« Le poète sentinelle ou la politique des Illuminations ») confirment que poésie et politique se confondent dans cette oeuvre, et permettent de comprendre « l’intense identification à Rimbaud des étudiants de mai 68 », comme l’écrit Murphy.

vendredi 23 octobre 2009

Entretien avec Maurice Nadeau


C'est ici, sur le blog de la Quinzaine littéraire, à l'occasion du millième numéro du journal. On y trouve également des entretiens avec les collaborateurs de la Quinzaine.

mardi 20 octobre 2009

Jean-Claude Carrière et le Mahabarata



Saint André de la Réunion, lundi 19 octobre 2009.

lundi 19 octobre 2009

x fois fataliste


Etonnement en découvrant, dans la bibliothèque de l'ami Jean-Claude chez lequel je passais quelques jours en son absence, tout un rayon occupé par des éditions diverses de Jacques le fataliste. Bon, je connais cela avec Baudelaire, dont j'ai tendance à acquérir de nouvelles éditions, mais là je suis battu. Il est vrai que je ne suis pas professeur de lettres. Repéré aussi deux fois la même édition du Rivage des Syrtes chez Corti.

lundi 12 octobre 2009

Entretien avec Herta Müller, Prix Nobel de littérature 2009


En septembre de cette année, Herta Müller recevait le prix Heinrich Heine à Düsseldorf. Dans un entretien, elle évoquait son nouveau livre, Atemschaukel, qui raconte l’expérience des camps vécue par un poète germano-roumain disparu en 2006, Oskar Pastior.

Le destin des Allemands de Roumanie juste après la guerre n’est pas un secret, et pourtant il est totalement inconnu en Allemagne. Est-ce que la littérature peut mieux restituer ce passé ?

Herta Müller : Seule la littérature permet de faire ressortir un individu de l’Histoire. Elle accède à sa vérité par l’invention, l’imagine à travers le langage. Mais seule la recherche historique peut documenter un événement, le présenter comme une vision d’ensemble. Elle peut examiner et, à l’aide d’analyses et de statistiques, tirer des conséquences sociales, politiques et psychologiques. Toutes les deux, la littérature ou l’historiographie, sont également nécessaires – elles se complètent.

Pensez-vous parfois à ce qu’Oskar Pastior dirait de votre livre Atemschaukel ?

Herta Müller : Je pense chaque jour à Oskar Pastior – avec ou sans Atemschaukel. Car il me manque en tant qu’ami. Il a fortement souhaité la réalisation de ce livre et y a investi beaucoup de temps en me racontant ses années d’internement. Cela a dû être important pour lui d’avoir quelqu’un à qui le raconter. Et cela est devenu toujours plus important au fil de nos rencontres. Pour moi cela a été une chance qu’il ait été disposé à se confronter une nouvelle fois à cette période d’internement. Je crois que c’était pour lui une expérience autant douloureuse que bienfaisante. Oskar Pastior est resté très jeune jusqu’à la fin de sa vie, j’oubliais la différence d’âge quand nous nous rencontrions. Il était en même temps espiègle, mélancolique, provincial et cosmopolite, et d’une façon qui lui était totalement personnelle. Et il était aussi direct et discret à la fois.

Comment définiriez-vous ce qui lui appartient dans ce livre ?

Herta Müller : Ce sont tous les détails du quotidien dans les camps, toute la matière et l’organisation du travail, les images provoquées par la faim comme par exemple « l’ange de la faim » - pour lui un mot tout à fait banal pour le « point zéro », comme il disait. Aussi réel que le mot « camp » lui-même. Il m’a fait très confiance.

Comment, pour l’écriture de votre roman, avez-vous pu trouver une langue qui rende cette souffrance ?

Herta Müller : C’est le thème du livre lui-même qui se cherche une langue, et celle-ci vous contraint à l’exactitude au millimètre près. Il faut aller si loin dans la narration que les faits se brisent, car ils ne peuvent être décrits que dans leurs éléments les plus petits, dans les détails. Un traumatisme doit être décomposé dans les unités qui l’ont provoqué. On ne peut pas écrire un texte avec des expressions comme « traumatisme » ou « blessure ».

Qu’est-ce que représente pour vous Heinrich Heine – au nom duquel on va vous rendre hommage -, et quand avez-vous rencontré son œuvre ?

Herta Müller : Il y avait le poème Loreley dans un manuel scolaire, je m’en souviens encore. Mais Heine n’a joué aucun rôle lorsque j’ai commencé à écrire. J’étais traductrice dans une fabrique de machines et j’avais refusé de travailler pour les services de renseignement. J’étais confrontée tous les jours à des vexations, jusqu’au jour où j’ai été licenciée. Ensuite j’ai dû subir régulièrement des interrogatoires, et le même service de renseignement qui m’avait jeté hors de la fabrique me qualifia de « parasite ».

Et c’est cela qui vous a poussée à écrire ?

Herta Müller : C’est dans cette situation difficile que j’ai commencé à écrire les textes en prose de Niederungen, afin de prendre de l’assurance. Je démêlais toute ma vie passée, l’enfance au village, le passé SS de mon père, l’implication de la minorité allemande dans les crimes nazis, l’arbitraire de la dictature dans laquelle je vivais désormais. Heine n’avait aucune place dans cette vie qui basculait dans un sens et dans l’autre.

Et aujourd’hui ?

Herta Müller : Lorsqu’on a eu – comme moi – un père soldat SS, on ne peut qu’être réticent à comparer ses propres angoisses, les malveillances et les diffamations dont on a été l’objet, l’exil avec le destin de Heine. Je n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, car je n’étais pas encore née à l’époque. Malgré tout, ce père est un élément de sa propre biographie, on ne peut pas le changer. On regarde sa propre époque dans les yeux, et c’est un miroir qui vous renvoie dans le passé. Et dans ce passé il y a l’époque des parents. Mais ce miroir sait aussi combien Heine a souffert de l’antisémitisme de son temps. Mais même sans le souffle de mon père toute comparaison entre l’époque de Heine et ce que j’ai vécu dans une dictature socialiste serait problématique.

Entretien réalisé par Lothar Schröder pour RP online